Dans le cimetière des outils du web

13/12/2018

Si des outils prêts à l’emploi existent pour enrichir ses récits numériques, rien ne garantit qu’ils resteront accessibles dans le temps. Certains avaient pourtant fait les beaux jours du journalisme.


Google a annoncé, le 11 décembre 2018, la clôture de son service Google Fusion Table, un outil largement utilisé en datajournalisme en raison de sa grande simplicité d’utilisation et d’intégration. Les productions réalisées avec cet outil, né neuf ans plus tôt, resteront disponibles jusqu’en août 2019. Passé cette date, les pages comportant un code d’intégration de Google Fusion Table présenteront, en lieu et place de la carte interactive attendue, un message d’erreur. Ce n’est pas la première fois qu’un outil du web disparaît en posant la question de leur pérennité. Passer par des services tiers, c’est toujours prendre le risque que celui-ci disparaisse un jour avec, dans la foulée, des contenus qui ont nécessité des heures de travail. C’est aussi prendre aussi celui, dès lors que l’on utilise un service gratuit, de voir celui-ci passer à une formule payante qui ne garantit pas non plus que les productions réalisées de manière gratuite resteront accessibles.

Dans sa communication, Google justifie cette suppression par la création d’autres outils supposés apporter une meilleure expérience aux utilisateurs mais là aussi, rien ne dit que ces outils resteront disponibles tels qu’ils le sont aujourd’hui. Rappelons-nous du service Google Maps, devenu payant en mai 2018 et dont les tarifs l’ont rendu hors de portée des utilisateurs ne disposant pas de budgets conséquents puisque la grille tarifaire s’adosse au nombre de visites. Pour un média d’informations sans grands moyens, autant oublier l’idée. L’année précédente, suite au rachat de Graphiq – du nom d’une société californienne développant outil basé sur une technologie sémantique pour créer des infographies interactives – par Amazon (50 millions de dollars), la société annonçait que les fonctionnalités destinées aux éditeurs d’informations ne seraient plus disponibles.

Dans la foulée de cette dernière annonce de Google, et c’est tout à son honneur, Datawrapper, un outil de datavisualisations créé à l’origine par des journalistes pour les journalistes, a tenu à rassurer leurs utilisateurs en leur promettant que, quoi qu’il arrive, leurs contenus resteront toujours accessibles en ligne.

Google Fusion Table n’est pas le premier outil du web utilisé par des journalistes qui disparaît des radars. Cette annonce donne l’occasion de faire le tour de ces quelques plateformes qui ont fermé boutique au cours des ces dernières années et dont certaines étaient pourtant bien pratiques dans un contexte journalistique.

 

Scroll Kit (2012-2014)

Il fut le premier éditeur visuel dédié aux formats longs (longforms). Il a d’emblée suscité l’adhésion de nombreux journalistes et étudiants en journalisme. L’outil était simple d’utilisation. Son rachat par WordPress aura signé son arrêt de mort. C’est aussi parce qu’il a disparu (mais pas seulement) qu’est né, l’année suivante, le plugin Simple Long Form.

 

Popcorn Maker (2011-2015)

L’éditeur de vidéo interactives créé par le Mozilla Labs permettait de réaliser facilement des vidéos enrichies avec des contenus HTML (textes, images et liens). L’outil a disparu mais à laissé quelques traces sur Github : la librairie Javascript popcorn.js et l’éditeur Popcorn. Popcorn a été utilisé dans le cadre de plusieurs journalistiques, comme celui-ci.

MapJam (2012-2017)

Utilisé à ses débuts par le Hufftington Post, MapJam permettait de réaliser très facilement des cartes interactives (avec un système classique de marqueurs) pouvant être enrichies d’informations de contexte.

Dans l’absolu, rien ne vaut un développement « maison » pour s’assurer de la pérennité de son projet. De plus, une fois développé, un framework peut être réutilisé autant de fois qu’on le souhaite : c’est dans cet esprit qu’a travaillé le site suisse Le Temps pour toute une série de formats (sliders, quiz, grand format…). Toutefois, bien que les solutions maison et open source restent l’idéal, elles nécessitent des ressources en interne dont ne disposent pas nécessairement toutes les rédactions, d’autant qu’un développeur coûte bien plus cher qu’un journaliste. D’autre part, tous les journalistes n’ont pas nécessairement une appétence pour le code même si certaines librairies Javascript sont loin d’être inaccessibles pour des non-professionnels du développement.

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