L’histoire de la représentation d’images mentales remonte à l’Antiquité – les Grecs avaient élaboré un système complexe de représentations mentales comme outils de mémoire, les Egyptiens cartographiaient les étoiles. Au Moyen-Âge, l’image comme "substitut du langage" 1 se retrouve dans les vitraux et dans les manuscrits, où les enluminures servaient de point de repère dans le déroulement des textes. Certains manuscrits proposaient déjà une forme de "réalité augmentée" : les pointeurs représentés dans les marges seraient les ancêtres des pointeurs informatiques (flèche et main). D'autres annotations faisant référence à certaines sections du manuscrit se rapportent aux concepts actuels de navigation et d'hyperliens.

1295

Arbre des sciences de Raymond Lulle (FR) aussi appelé "Arbre des vices et des vertus", préfigure les arbres de la connaissance.
Image : Esopia Image : Enzyklopaedie.ch

1370

Nicolas Oresme (FR) représente sous la forme graphique le rapport entre deux variables ; et préfigure les premiers graphiques en barres.
Image : MacTutor H. of Math. archive Image : JPowered

1612

Christoph Scheiner (AL), prêtre et astronome, observe les taches solaires (qu’il assimilait à des grappes de petites planètes en orbite).
Image : Gallileo's Telescope

1765

Le britannique Joseph Priestley signe une première ligne du temps. Il en élaborera des dizaines tout au long de ses travaux de nature historique.
Image : The New Atlantis

1782

Le mathématicien Charles de Fourcroy (FR) analyse la superficie de 200 villes.
Image : Géographie@Rouen

1786

William Playfair invente trois types de conception graphique : la série statistique sous forme de courbes, le graphique à barres et le graphique à secteurs.

Image : Wikipédia

1826

Premières cartes teintées (chloropèthes) élaborées par le baron Charles Dupin (FR).
Image : Datavis.ca

1829

André-Michel Guerry (FR) est à l’origine des premiers histo- grammes. Il pratique aussi la visualisation de statistiques comparées (cartes).
Image : PTAK Science Book

1830

Armand Joseph (FR), frère de Montizon, a l’idée d'une représentation par des points et des cercles.

1854

Georges Boole (RU) met au point la notation algébrique de Boole, fondée sur la théorie des ensembles.

John Snow (RU), médecin, étudie les modes de propagation de l’épidémie de choléra à Londres.


1857

Florence Nightingale (RU), pionnière de l’usage des statistiques dans le domaine de la santé, utilise des histogrammes circulaires pour illustrer les causes saisonnières de mortalité des patients de l’hôpital qu’elle gère. Elle réalisera aussi une étude statistique du système sanitaire en Inde, où elle contribuera à l’amélioration des soins médicaux.


1868

Emile Levasseur (FR), statisticien et géographe, 1868, travaille sur les premiers cartogrammes (statistiques figuratives).


1869

Application de la géométrie à la statistique, par Léon Montigny (FR).

1874

Francis Walker (US), économiste, statisticien et personnalité académique, élabore les premières pyramides des âges. En 1881, il présida le Massachusetts Institute of Technology (MIT).
Image : Infovis

1889

Charles Joseph Minard (FR) établit une carte des pertes napoléoniennes lors de la campagne de Russie. Celle-ci comporte des informations sur le temps, la localisation, la distance, la température et le nombre de survivants.

Image : Wikipédia

1896

Jacques Bertillon (FR), statisticien et démographe, est à l’origine de nombreux travaux statistiques et cartographiques à propos de la ville de Paris.

1914

Première édition de « Graphic Presentation », par Willard C. Brinton (USA). Cet ouvrage de 500 pages compile tous les types de graphiques et de techniques de présentation.

1920

L’Isotype (International System of Typographic Picture Education) est un langage visuel, à base de pictogrammes, développé par le philosophe autrichien Otto Neurath et le graphiste allemand Gerd Arntz.

Naissance, en Allemagne, de la Gestalt ou philosophie de la forme. Les lois de la Gestalt sont interagissent entre elles, de manière parfois contradictoire. Il s’agit des lois de la bonne forme (simple, symétrique), de la continuité et de la proximité, de la similitude, du destin commun et de la familiarité.

1934

Le Cosmographe d’IBM permet de représenter de manière complexe des flux d’information dans le domaine des affaires.


1958

Stephen Toulmin (RU) propose un nouveau modèle graphique d’argumentation.


1964

Thomas Saaty (USA) invente le diagramme en arc.


1967

Le cartographe Jacques Bertin (FR) développe les règles de « sémiologie graphique » (« la graphique »).


1977

John Tukey invente le diagramme en boîte (aussi appelé « boîte à moustaches ») dans le cadre de la représentation graphique de données statistiques.

1985

Cleveland et MacGill cosignent un article sur la perception et les méthodes graphiques, dans le cadre de l’analyse scientifique. Ils constatent que le nombre de types de représentations graphiques ne cesse de croître rapidement.


Les représentations visuelles de données connaissent un important développement depuis les années 1980 – décennies de l’apparition de tableurs qui génèrent des graphiques automatiquement à partir de données encodées (Visical, Multiplan, Lotus, Excel). Les évolutions informatiques et technologiques vont de pair avec de nouvelles offres professionnelles en matière de traitement des données (Business Intelligence). En 1996, Ben Schneiderman propose une typologie de données induisant chacune des types de graphiques : les données temporelles, les données à une, deux ou trois dimensions, les données multidimensionnelles, les données hiérarchiques et les données inter-reliées.


Depuis les années 2000 et particulièrement depuis le début 2010, on assiste à une démocratisation de l’accès aux outils de visualisation. De nombreux sites proposent aujourd’hui des outils gratuits pour mettre en forme des données. Les visualisations de données ne sont plus liées aux seuls domaines des statistiques, des mathématiques et de l’économie. Et elles sont devenues interactives. Le volume de données disponibles en ligne et de données ouvertes (open data) donne lieu au développement de nombreuses applications, journalistiques ou non, axées sur leur représentation. La visualisation de données permet non seulement une meilleure représentation du monde, elle fait aussi émerger de nouveaux concepts ou des informations difficilement observables autrement.