Registre de transparence : portrait-robot des lobbies européens

01/11/2016

Souvent dénoncé pour sa redoutable efficacité dans certains dossiers sensibles, ou pour l’opacité couvrant ses relations avec les acteurs les plus influents de l’UE, le lobbying auprès des institutions européennes est un phénomène que l’on peut aujourd’hui mieux quantifier. Le Répertoire de transparence, géré conjointement par le Parlement européen et la Commission européenne, entend ainsi répondre à des « questions essentielles », telles que les types d’intérêts défendus, par qui et avec quels budgets. En pratique, il s’agit d’une base de données en ligne, développée dans la foulée dans d’un accord institutionnel signé en 2014 (mais dont la gestation est bien plus longue).

Si l’inscription n’y est pas encore obligatoire, les institutions européennes (Parlement, Conseil et Commission) témoignent de l’intention d’en finir avec cette controverse. Une proposition d’accord institutionnel, publiée le 29 septembre dernier, souligne la nécessité du caractère obligatoire du registre : l’enregistrement deviendrait une condition préalable à la représentation d’intérêts. Le document prévoit peu d’exceptions : seuls les partis politiques, les églises et associations religieuses et philosophiques (mais pas les bureaux de leurs représentants), les pouvoirs publics et les organisations intergouvernementales en seraient exemptés.

A ce jour, 10.253 lobbies sont inscrits dans ce répertoire. Les données extraites sont riches en informations, même si elles présentent quelques problèmes de qualité formelle (essentiellement liées à des questions de formatage des chiffres et des dates) et des soucis de traduction en langue française (dans les noms des pays, par exemple). Plusieurs colonnes ou cellules ne présentent aucune valeur : plusieurs interprétations sont certainement possibles, d’autant que les données manquantes sont essentiellement relatives aux chiffres d’affaires de ces organismes ainsi qu’à leurs clients.

 

Les sièges sociaux des lobbyistes sont établis partout dans le monde, avec une concentration plus forte en Belgique, en Allemagne, au Royaume-Uni et en France. 13,49% ont leur siège établi en Belgique, principalement à Bruxelles. Ces organismes concernent 82.558 personnes, soit 43.344,5 emplois à temps plein. Quantité de formes juridiques se côtoient dans cette liste pour de secteurs relativement variés, à ceci près que l’on y retrouve 3.773 organismes actifs dans les affaires économiques et financières, soit 36.7% (ou plus de 1 lobby sur trois)… contre seulement 5 organisations de citoyens. Plus de 40% des lobbies inscrits au registre déclarent en outre défendre des intérêts mondiaux.

Répartition des sièges sociaux des lobbies inscrits au « Registre de transparence » européen

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La page d’accueil du répertoire en ligne fournit quelques données statistiques relatives à la nature des lobbies : 11,4% sont des cabinets de consultants, des cabinets d’avocats et des consultants indépendants ; 51% sont des « représentants internes », des groupements professionnels et des associations syndicales et professionnelles ; 25,2% sont des organisations non gouvernementales ; 7% sont des groupes de réflexion, des organismes de recherche et des institutions académiques ; 0,4% représentent des autorités religieuses ; et 4,5% représentent des autorités publiques. A noter que 1 organisation sur 5 défend des intérêts commerciaux ou industriels.

Et les lobbies disposent d’importants budgets consacrés à leur cause. Le document fournit seulement des tranches, qui permettent de se donner une idée de l’argent investi pour défendre ou représenter des intérêts particuliers. 203 organismes y consacrent un budget de plus d’un million d’euros.

Les lobbies du CETA et du TTIP

Les organismes déclarent les activités de l’UE qu’ils ciblent, ainsi que (mais pas toujours) leurs activités de communication. L’examen de ces variables permet d’établir une liste des lobbies impliqués dans les deux dossiers « chauds » du moment : les accords de libre échange CETA et TTIP (Tafta).

74 organismes sont identifiés concernant le CETA, dont 3 au Canada (2 groupements professionnels commerciaux ou industriels, 1 association syndicale et professionnelles) et 2 aux Etats-Unis (1 consultant indépendant agissant pour les intérêts de l’industrie cosmétique, et la société Johnson & Johnson, active notamment dans le domaine pharmaceutique). 41 organisations ont pour domaine d’intérêt les affaires économiques et financières.

459 organismes sont identifiés concernant le TTIP, dont 34 aux Etats-Unis. On y retrouve des sociétés d’envergure telles que IBM (informatique), Apple (informatique), Thomson Reuters (presse), Lilly (industrie pharmaceutique), AT&T (télécommunications), Cisco (informatique), Citigroup (finance), Levi Strauss (vêtements). 333 organisations ont pour domaine d’intérêt les affaires économiques et financières. Deux organismes représentent le lobby catholique allemand.

Télécharger les données brutes CETA

Télécharger les données brutes TTIP